Une pêche responsable soutient l'homme et la nature
30 janvier, 2026
Des milliers de troncs de bambou constituent la frayère à Dohi. (c) Sarah De Raedt, Join For Water.
Automne 2025 – Dans le sud-ouest du Bénin, dans le département du Mono, l’eau est abondante. Le nom de ce département fait référence au Mono, un fleuve qui prend sa source au Togo et traverse la partie occidentale du Bénin avant de se jeter dans l’océan. Le paysage est une mosaïque d’« eau » : fleuves avec leurs ramifications, zones inondables, canaux, marécages et lacs. Cela représente une richesse considérable, mais la région et sa population sont également confrontées à des menaces liées au changement climatique, à la pollution, etc.
Dans cet article, nous vous emmenons découvrir la frayère du chenal AHO située dans l’Aire Communautaire de Conservation de la Biodiversité de la Bouche du Roy (ACCB), près du village de Dohi.
La frayère à Dohi, dans le chenal AHO. (c) Drone Environnement
Une frayère dans le lac Ahémé
Razaki Sabi Zingui, collègue de Join For Water et chef de projet, nous accompagne à Dohi, l’un des sites du project Delta Mono. Ce projet est géré par Enabel et financé par l’Union européenne. L’objectif est d’améliorer les conditions de vie des habitants des villages en renforçant la production alimentaire et en réduisant l’impact négatif de l’agriculture et de la pêche sur l’environnement. Concrètement, à Dohi, Join For Water travaille en concertation avec les habitants, les organisations et les autorités à la création d’une nouvelle frayère dans le chenal, où les poissons trouveront de la nourriture et un abri pour se reproduire. Un deuxième site de reproduction est aménagé à Adimado, précisément sur le chenal Tihimey.
Témoignage
L’eau me tient particulièrement à cœur. Enfant déjà, j’ai appris à quel point il est important pour l’homme et la nature de disposer d’une quantité suffisante d’eau pure. J’ai donc très vite su que j’allais étudier l’hydrologie et la gestion de l’eau.
Razaki Sabi Zingui, chef de projet Delta-Mono, marié et papa de 3 enfants, Bénin
Dohi et Adimado
Le village de Dohi, dans la commune de Comè, est situé sur une avancée du lac Ahémé et vit entièrement de l’eau : la pêche est la principale source de nourriture et de revenus. Adimado, dans la commune de Grand-Popo, est également impliqué dans le projet. Les deux villages sont situés à environ 5 kilomètres l’un de l’autre et comptent chacun environ 2 000 habitants.
Dohi est situé sur le continent, mais est entièrement entouré d’eau.
Le centre de Dohi n’est accessible que par un pont en bois. C’est un va-et-vient incessant d’hommes et de femmes transportant des marchandises, d’enfants et d’adolescents se rendant à l’école…
Comment nous sommes-nous retrouvés à Dohi ?
Join For Water ne se lance pas dans un projet à la légère. La préparation demande toujours beaucoup de temps et d’énergie à nos collègues. Il faut d’abord trouver un emplacement approprié, ce qui implique une large consultation des habitants, des organisations et des autorités locales.
Razaki : « Nous sommes partis des questions qui se posent dans les villages et avons élaboré une proposition concrète en collaboration avec les habitants. Le choix de travailler à la protection de cet écosystème par la gestion des zones de pêche est tout à fait logique. Il y a beaucoup d’eau et plusieurs espèces de poissons et de crabes y vivent, la pêche est la principale source de nourriture et de revenus. Mais il faut disposer d’une quantité suffisante d’eau de bonne qualité. C’est pourquoi nous sensibilisons également les communautés à l’importance de ne pas polluer le lac et les terres qui l’entourent. Sinon, les frayères que nous voulons créer ne pourront pas subsister. »
Basile Lokossou, chef du village de Dohi, confirme que les habitants de Dohi étaient demandeurs. Il décrit la situation et les préoccupations qui régnaient au moment où Join For Water effectuait des prospections dans la région.
Basile : « L’état du lac s’est fortement détérioré en raison de mauvaises pratiques de pêche et nous cherchions des solutions. À Adimado, ils ont vécu la même expérience. Nous apprécions énormément l’approche de Join For Water. Nous avons désormais un projet « intercommunal » et la population l’a vraiment adopté grâce à toutes les réunions et campagnes de sensibilisation. Je suis convaincu qu’ils continueront à soutenir ce projet. »
Témoignage
La pêche et le lac sont pour moi un environnement familier. J’ai grandi à Dohi jusqu’à ce que je parte étudier, mon père était pêcheur et ma mère cultivait des légumes.
Basile Lokossou, chef de village Dohi, Bénin
La solution : une frayère avec des troncs de bambou
Afin de renforcer la pêche, la construction d’une frayère avec des troncs de bambou s’est avérée être la meilleure solution. Une frayère est un endroit abrité dans des eaux plutôt peu profondes où les poissons fraient, se reproduisent et pondent leurs œufs.
Notre collègue Gertrude Baï N’Bouke, avec Razaki Sabi Zingui, a participé aux discussions préparatoires et à la sensibilisation dans les villages.
Razaki : « La décision de travailler de cette manière a également été précédée de nombreuses recherches et consultations. L’utilisation de filets non réglementaires et d’une ancienne méthode, l’acadja, avait fortement réduit les stocks de poissons. L’acadja est une construction faite de branches qui est placée dans l’eau pour piéger les poissons. Mais le bois pourrit, s’accumule et pollue l’eau. Entre-temps, l’acadja a été interdite au Bénin. Nous avons donc cherché une autre méthode. Un chercheur a vérifié si le bambou était adapté et suffisamment présent ici pour la construction que nous voulions mettre en place. Et le bambou s’est avéré être un bon choix : il pousse en quantité suffisante dans le village voisin et le bois a une longue durée de vie dans l’eau. Les troncs de bambou peuvent rester dans l’eau pendant un an, voire plus, nous pouvons les entretenir et les remplacer si nécessaire. D’autres essences de bois se brisent ou se décomposent complètement et provoquent des obstructions. Nous avons en fait créé une version plus moderne de l’acadja sans filet pour piéger les poissons. La qualité de l’eau a également été étudiée de manière approfondie et sur une longue période. Les poissons peuvent-ils vivre dans un tel environnement ? L’argile présente dans l’eau ne posera-t-elle pas de problèmes aux poissons ? »
Basile : Une zone a été délimitée dans une partie moins profonde du lac, où des troncs de bambou sont placés en forme de grille à environ un demi-mètre d’ s les uns des autres. Les poissons peuvent y nager librement, trouver de la nourriture et un endroit sûr pour pondre leurs œufs.Entre les troncs de bambou, des troncs de cocotier et de rônier sont également posés horizontalement dans la zone centrale. Les poissons s’en nourrissent et ces troncs offrent également un endroit sûr pour les œufs. »
Étienne ADOUKONOU est responsable de l’aménagement du lieu de reproduction et membre du comité de gestion.
Nous le constatons de nos propres yeux lorsque nous passons devant. La zone de frai s’étend sur environ 1 000 m² et ressemble à un grand tableau d’affichage fait de tiges de bambou, avec des passages entre les tiges pour pouvoir naviguer. Cela crée différents compartiments facilement accessibles pour l’entretien. Les hommes sont dans l’eau jusqu’à la taille pour fixer les troncs. Ils sont payés par l’entreprise qui réalise la construction, ce sont des ouvriers de la région. Au total, 12 500 troncs bambous seront installés.
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Images aériennes : (c) Drone Environnement
Les poissons ont libre accès, pas les humains
Les poissons trouveront naturellement le chemin vers cette frayère, c’est un processus naturel. Le comité a toutefois modifié les plans initiaux en ce qui concerne l’accès pour les humains.
Basile : « À l’origine, nous avions prévu de créer plusieurs entrées, mais comme la pêche ne sera autorisée que pendant une période limitée, nous ne voulons pas inciter les gens à venir ici à tout moment. C’est pourquoi nous allons fermer la frayère sur ses quatre côtés et ne l’ouvrir que pour l’entretien. Cela nous permettra également de mieux contrôler l’ensemble. Les poissons peuvent toujours entrer et sortir librement, car il n’y a pas de filets. »
Le comité de gestion garantit le bon fonctionnement.
Afin de veiller au bon déroulement des opérations et au respect des accords, un comité de gestion a été mis en place. Cette gestion concerne l’entretien, les accords sur les dates et les lieux où la pêche est autorisée, etc.
Razaki: « Le comité de gestion est composé de Basile, Étienne, Alphonse Sossou, le chef du village d’Adimado, et de cinq autres habitants de Dohi et Adimado, dont une femme. Il est toutefois nécessaire de dispenser une formation sur le fonctionnement d’un comité, la gestion, le suivi financier… Nous devons en effet veiller à ce que l’investissement que nous réalisons reste rentable à long terme. Une formation à la planification et à l’organisation de réunions, à la rédaction de rapports et au contrôle est également prévue. Tout doit continuer à fonctionner lorsque nous ne serons plus là. »
Le chef du village de Dohi, Basile Lokossou, avec son collègue Alphonse Sossou d’Adimado.
Le premier résultat
Il n’y a pas encore de poisson, mais déjà un résultat important. Et ce n’est pas la construction tangible qui prend forme ici, mais l’accord conclu avec les gens et leur volonté de bien gérer cela.
Razaki : « Le changement de comportement est également un résultat sur lequel nous travaillons vraiment. Les gens devront accepter et respecter ce que nous faisons en concertation avec eux. Car la pêche ne sera autorisée que pendant une certaine période de l’année. Ce n’est qu’en laissant les frayères tranquilles pendant une grande partie de l’année que la biodiversité pourra s’épanouir. C’est le grand défi que nous relevons. »
Basile : « Nous informons tous les villages environnants qu’il y a ici une frayère et que la pêche n’est pas toujours autorisée, les maires de Grand Popo et Comè approuvent cette mesure. En effet, des pêcheurs d’autres villages viennent également sur ce lac et ils doivent être informés des règles. »
Pêche à partir de mars 2026
Début novembre, les travaux étaient terminés et le site a été livré par l’entrepreneur. Ils s’attendent à ce que les poissons arrivent ici à partir du mois de mars.