MALI – À quelques kilomètres de Bamako, dans la commune rurale de Mountougoula, une mare sacrée continue de faire vivre l’histoire d’un territoire. Bien plus qu’un point d’eau, elle est un lieu de mémoire, de spiritualité et de biodiversité. Depuis des générations, les habitants entretiennent avec elle un lien profond, nourri par des traditions qui ont longtemps permis de préserver cet écosystème unique.
Aujourd’hui, ce patrimoine est confronté à de nouveaux défis. Les effets du changement climatique, les pressions sur les ressources naturelles et l’évolution des pratiques fragilisent progressivement son équilibre. Pour mieux comprendre ces changements et renforcer les actions de protection, Join For Water a soutenu une étude menée par l’École Nationale d’Ingénieurs Abderhamane Baba Touré (ENI-ABT), intitulée « Étude des caractéristiques hydrologiques, hydrogéologiques et hydrochimiques de la mare sacrée de Mountougoula : détermination de sa vulnérabilité ».
Au-delà de son caractère scientifique, cette étude vise à produire des connaissances utiles aux communautés, aux autorités locales et aux partenaires afin d’orienter les décisions et de renforcer le plaidoyer en faveur de la protection des zones humides.
Une mare au cœur de la vie de la communauté
Les témoignages recueillis lors de l’étude rappellent combien la mare est intimement liée à l’histoire du village. Selon le chef de village et les notables, elle existait bien avant la création de Mountougoula. Son niveau d’eau était autrefois plus élevé, sa végétation plus abondante et elle abritait une faune riche, notamment des crocodiles et plusieurs espèces de poissons.
Pendant longtemps, les règles coutumières ont assuré sa préservation. Les habitants venaient y accomplir des rites et des offrandes, tandis que certains usages, comme la consommation des poissons de la mare, étaient strictement interdits.
Comme l’explique M.Sassi Doumbia, chef du village de Mountougoula :

« Nous avons hérité cette mare de nos parents et elle occupe une place essentielle dans nos us et coutumes. Autrefois, plusieurs interdits régissaient l’utilisation de la mare, et lorsque quelqu’un tentait de les enfreindre, nous intervenions immédiatement. »
Ces savoirs traditionnels demeurent aujourd’hui un atout précieux pour préserver ce patrimoine naturel et culturel.

« Pour la pérennité de la mare, nous avons jugé utile de procéder au renforcement du rôle de la chefferie traditionnelle pour qu’elle exerce pleinement son rôle de gardien spirituel et environnemental de la mare, en plus, bien sûr, de ce que la mairie et les autres acteurs vont faire. »
« Les menaces qui ne sont pas liées directement à l’action de l’homme sont les effets du changement climatique. (…) Il faut mener des actions d’adaptation ou des actions qui permettent d’en limiter les effets. »
« Nous lançons un appel à tous les acteurs, y compris les communautés, les autorités locales et les services techniques de l’État, afin de prendre les mesures idoines pour la protection de cette mare qui est une source vitale non seulement pour la communauté de la zone, mais aussi pour la faune et la flore aquatiques. »