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Science et savoirs locaux s'unissent pour protéger un patrimoine vivant

30 septembre, 2026

MALI – À quelques kilomètres de Bamako, dans la commune rurale de Mountougoula, une mare sacrée continue de faire vivre l’histoire d’un territoire. Bien plus qu’un point d’eau, elle est un lieu de mémoire, de spiritualité et de biodiversité. Depuis des générations, les habitants entretiennent avec elle un lien profond, nourri par des traditions qui ont longtemps permis de préserver cet écosystème unique.

Aujourd’hui, ce patrimoine est confronté à de nouveaux défis. Les effets du changement climatique, les pressions sur les ressources naturelles et l’évolution des pratiques fragilisent progressivement son équilibre. Pour mieux comprendre ces changements et renforcer les actions de protection, Join For Water a soutenu une étude menée par l’École Nationale d’Ingénieurs Abderhamane Baba Touré (ENI-ABT), intitulée « Étude des caractéristiques hydrologiques, hydrogéologiques et hydrochimiques de la mare sacrée de Mountougoula : détermination de sa vulnérabilité ».

Au-delà de son caractère scientifique, cette étude vise à produire des connaissances utiles aux communautés, aux autorités locales et aux partenaires afin d’orienter les décisions et de renforcer le plaidoyer en faveur de la protection des zones humides.

 

Une mare au cœur de la vie de la communauté

Les témoignages recueillis lors de l’étude rappellent combien la mare est intimement liée à l’histoire du village. Selon le chef de village et les notables, elle existait bien avant la création de Mountougoula. Son niveau d’eau était autrefois plus élevé, sa végétation plus abondante et elle abritait une faune riche, notamment des crocodiles et plusieurs espèces de poissons.

Pendant longtemps, les règles coutumières ont assuré sa préservation. Les habitants venaient y accomplir des rites et des offrandes, tandis que certains usages, comme la consommation des poissons de la mare, étaient strictement interdits.

Comme l’explique M.Sassi Doumbia, chef du village de Mountougoula :

Sassi-Doumbia-

« Nous avons hérité cette mare de nos parents et elle occupe une place essentielle dans nos us et coutumes. Autrefois, plusieurs interdits régissaient l’utilisation de la mare, et lorsque quelqu’un tentait de les enfreindre, nous intervenions immédiatement. »

Ces savoirs traditionnels demeurent aujourd’hui un atout précieux pour préserver ce patrimoine naturel et culturel.

Quand la science renforce les savoirs locaux

Les zones humides jouent un rôle essentiel dans la conservation de la biodiversité, la régulation de l’eau et la résilience des territoires face au changement climatique. Pourtant, leur importance est encore trop souvent sous-estimée.

En soutenant cette étude, Join For Water souhaitait mieux comprendre les vulnérabilités de la mare afin de renforcer les actions de gestion durable de l’eau déjà menées dans la region et orienter les actions futures de gestion durable de l’eau. Les résultats scientifiques viennent compléter les connaissances transmises de génération en génération, offrant une base solide pour protéger cet écosystème et mieux faire reconnaître sa valeur.

Préserver la mare est une responsabilité partagée.

Pour Mahamadou Samaké, Coordinateur de Programme de l’ONG CSPEEDA, la gouvernance locale est un élément clé :

CSPEEDA« Pour la pérennité de la mare, nous avons jugé utile de procéder au renforcement du rôle de la chefferie traditionnelle pour qu’elle exerce pleinement son rôle de gardien spirituel et environnemental de la mare, en plus, bien sûr, de ce que la mairie et les autres acteurs vont faire. »

Cette complémentarité entre autorités traditionnelles, collectivités locales, services techniques et organisations de la société civile est essentielle pour assurer une gestion durable de la mare. 

 

Transformer la connaissance en action

 Comme de nombreuses zones humides sahéliennes, la mare de Mountougoula subit les effets du changement climatique.

Pour le Dr Karounga Keita, Directeur régional pour les pays du Sahel de Wetlands International, ces défis appellent des réponses collectives :

Karounga-Keita-Wetlands-Internationa« Les menaces qui ne sont pas liées directement à l’action de l’homme sont les effets du changement climatique. (…) Il faut mener des actions d’adaptation ou des actions qui permettent d’en limiter les effets. »

Pour Join For Water, produire des connaissances n’est jamais une fin en soi. Les études scientifiques, combinées aux savoirs des communautés, alimentent le dialogue avec les autorités, renforcent le plaidoyer et contribuent à faire reconnaître les zones humides comme des écosystèmes essentiels au bien-être des populations.

Le Dr Lamine Ousmane Sangaré, Ingénieur de l’Environnement, lance un appel à une mobilisation de tous :

« Nous lançons un appel à tous les acteurs, y compris les communautés, les autorités locales et les services techniques de l’État, afin de prendre les mesures idoines pour la protection de cette mare qui est une source vitale non seulement pour la communauté de la zone, mais aussi pour la faune et la flore aquatiques. »

Préserver la mare sacrée de Mountougoula, c’est protéger bien plus qu’une ressource en eau. C’est préserver un patrimoine vivant, renforcer la résilience des communautés face au changement climatique et transmettre aux générations futures un héritage naturel et culturel inestimable.

En soutenant des recherches qui associent expertise scientifique et savoirs locaux, Join For Water et son partenaire CSPEEDA contribuent à transformer la connaissance en action et en plaidoyer pour un avenir où les communautés et les zones humides prospèrent ensemble.

En lire plus sur ENI-ABT en CSPEEDA.