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Réponses communautaires aux défis de l’eau

10 septembre, 2025

Les rituels spirituels existants contribuent à la protection d'une nature précieuse.. Bénin (c) Join For Water

Pour répondre aux pressions croissantes sur les ressources en eau, les communautés rurales qui en dépendent au quotidien s’organisent collectivement en mêlant traditions ancestrales, solidarité locale et innovations pratiques pour faire face aux défis environnementaux qui affectent leur quotidien.

Ces multiples initiatives témoignent d’une capacité d’adaptation croissante au sein des communautés, qui, face à la rareté et à la dégradation de l’eau, mobilisent leur savoir-faire, leur cohésion sociale et leur volonté de changement. En combinant pratiques traditionnelles, actions collectives et innovations locales, elles construisent peu à peu leur résilience face aux transformations de leur environnement.

Ces initiatives visent à restaurer les écosystèmes, à améliorer l’accès à l’eau et à renforcer la résilience des populations. Join For Water et ses partenaires observent attentivement ces actions menées par les communautés et en tirent des enseignements afin d’éclairer et d’améliorer nos propres interventions basées sur des solutions fondées sur la nature. Ces approches, ainsi que la manière dont elles sont mises en œuvre dans notre travail, seront explorées plus en détail dans l’article  Les solutions fondées sur la nature.

Adaptation communautaires et savoirs ancestraux

Au Bénin, les habitants des Aguégués s’investissent dans des projets de reboisement pour lutter contre l’érosion des sols. Cette mobilisation s’accompagne d’un changement progressif des pratiques de pêche : l’usage des Acadjas, une méthode traditionnelle basée sur l’immersion de branchages pour attirer les poissons, tend à être remplacé par des techniques plus durables comme les pêcheries contrôlées. Dans d’autres localités comme Dedekpoe, Gogbo et Avlo-village, des campagnes de sensibilisation menées par les communautés encouragent les agriculteurs à limiter les produits chimiques, à protéger les berges par le reboisement, et à participer à des travaux communautaires de curage des canaux ensablés. À Avlo-village, une piste rurale a été aménagée pour faciliter l’accès au village en saison sèche, lorsque les voies d’eau deviennent impraticables.

Des pratiques agricoles ancestrales

Au Burundi, les pratiques agricoles ancestrales sont remobilisées pour faire face à l’érosion et à la variabilité climatique. La polyculture et l’utilisation de plantes locales permettent de conserver les sols et d’optimiser le stockage des ressources en eau. À Muhenga, les ménages installent des systèmes de récupération d’eau de pluie des toitures, accompagnés de puisards pour renforcer l’accès à l’eau. Le traçage des courbes de niveaux est couramment pratiqué pour réduire l’érosion des sols. À Rurabo, les agriculteurs adoptent des cultures plus résistantes à la sécheresse, mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques.

« Grâce au traçage des courbes de niveaux, l’érosion a cessé depuis 2 ans », témoigne Mukeshimana LEHEMA, une agricultrice à Caranka (Burundi)

Au Mali, la communauté de Dalakana a mis en place des mesures collectives comme le surcreusement des mares pour augmenter leur capacité de rétention, l’interdiction de cultiver le long des berges, ainsi que la régulation de l’usage de l’eau pour l’irrigation maraîchère. Ces règles s’inscrivent dans une gouvernance locale de l’eau fondée sur la concertation et la responsabilisation.

En République Démocratique du Congo, les habitants d’Idiofa instaurent des règles communautaires pour protéger les bas-fonds et surveillent les feux de brousse qui accélèrent la dégradation des écosystèmes. Ils recourent également à des pratiques traditionnelles comme le stockage de l’eau de pluie dans des réservoirs construits selon des techniques locales.

En Ouganda, dans le village de Nyakacwamba, la plantation d’arbres exotiques menace les ressources en eau. Pour préserver les sources, les habitants ont abattu les espèces nuisibles et cessé l’agriculture dans les zones humides, tout en plantant des espèces indigènes pour stabiliser et restaurer les sols. De plus, le brûlage de broussailles est interdit.

 « Depuis notre enfance, nous avons été élevés en sachant qu’il ne fallait pas couper les arbres situés à proximité des sources d’eau », témoigne Mr. Muhumuza Patrick, agriculteur à Nyakacwamba, Ouganda.

Campagnes de sensibilisation

Face au manque de ressources financières, ils ont créé une Association villageoise d’épargne et de crédit, permettant aux femmes d’épargner 2 500 shillings ougandais et aux hommes 5 000, améliorant ainsi la situation économique. Tout comme au Bénin, des campagnes de sensibilisation auprès des villageois sont menées notamment sur la collecte de l’eau au moment opportun, la gestion durable des points d’eau, et la reforestation.

Dans ces régions africaines, les savoirs ancestraux jouent un rôle essentiel. En plus des pratiques agricoles, les croyances et rituels spirituels sont encore très présents. Au Bénin, des figures comme le Zangbéto sont invoquées pour faire respecter les règles de gestion locales, tandis qu’à Dangbo, des cérémonies sont organisées pour implorer les ancêtres en période de sécheresse. Ces traditions s’accompagnent souvent d’actions concrètes, comme la lutte contre les plantes invasives, le curage collectif des sources ou la sensibilisation des pêcheurs aux effets de la pollution.

En Amérique du Sud, bien que les approches soient moins marquées par les rituels spirituels, les communautés mobilisent également leurs savoirs traditionnels. À Chontali, au Pérou, les habitants reboisent avec des espèces indigènes issues de pépinières locales pour restaurer les écosystèmes et réguler les cycles de l’eau. Des associations communautaires telles que Páramo et Ríos del Inca promeuvent une agriculture circulaire autour de la culture du café, respectueuse de l’environnement et économe en eau. Parallèlement, des initiatives citoyennes se développent à travers la formation de brigades communautaires chargées de nettoyer les espaces publics, d’éduquer à la préservation du patrimoine naturel et de promouvoir le tri des déchets, même si la valorisation des biodéchets reste limitée. Le projet « Chontali vivo » incarne cette dynamique intégrée où écologie, culture et gouvernance locale se rejoignent.

Des défis encore à franchir

Malgré les nombreuses initiatives communautaires mises en œuvre pour faire face aux changements dans les ressources en eau, les communautés sont encore confrontées à plusieurs obstacles qui freinent leurs efforts.

« On assiste impuissant à l’appel [de l’eau] de nos cultures », témoigne Fulbert HOUESSOU, un agriculteur à Dangbo (Bénin)

L’un des premiers enjeux réside dans la mobilisation communautaire à long terme. Si certaines actions ont pu être amorcées, leur pérennité dépend de la capacité des générations futures à s’approprier ces démarches. Cela suppose une sensibilisation constante, notamment auprès des personnes qui pratiquent une agriculture non durable, cultivent dans les lits des cours d’eau, ou polluent les sources.

Les mauvaises pratiques agricoles, le déboisement, et l’usage excessif de produits phytosanitaires continuent de nuire aux écosystèmes, faute d’alternatives accessibles et d’une véritable prise de conscience collective. Dans plusieurs régions, le manque d’équipement de base (pelles, houes, outils de travail) limite l’efficacité des actions communautaires sur le terrain.

À cela s’ajoute une insuffisance de formation et une méconnaissance des enjeux environnementaux dans certaines communautés, ce qui rend difficile la transformation durable des comportements. Le changement de mentalité nécessite un appui éducatif et, parfois, l’application de règles ou de lois locales pour sanctionner les comportements négligents.

Appui éducatif

Dans des contextes où les intérêts économiques entrent en concurrence avec les objectifs de conservation, comme à Chontali au Pérou, il est difficile de trouver un consensus entre la protection des écosystèmes et les impératifs de rentabilité. Cette tension entre environnement et développement reste un frein à l’action collective cohérente. Les contraintes logistiques et financières, notamment en RDC avec des routes dégradées ou l’insuffisance de moyens, limitent l’ampleur des interventions communautaires. Le manque de financement freine également la mise à l’échelle des bonnes pratiques et la capacité des communautés à faire face durablement aux pressions sur leurs ressources en eau.

Réponse de Join For Water et ses partenaires

À travers ses programmes, Join For Water et ses partenaires s’efforcent activement de relever bon nombre des défis auxquels sont confrontées les communautés dans la gestion et la protection de leurs ressources en eau. Nous mettons en œuvre des solutions fondées sur la nature qui peuvent être reproduites à plus grande échelle afin d’accroître la résilience des populations vulnérables. Ces efforts s’inscrivent dans une approche plus large qui vise à créer un environnement propice à une gestion durable de l’eau, pilotée par les communautés. L’article Les solutions fondées sur la nature met en avant les solutions fondées sur la nature mises en œuvre par Join For Water et ses partenaires.

Remerciements

Nous remercions sincèrement nos collègues, nos partenaires, et tout particulièrement les membres des communautés dont les voix et les expériences ont façonné cet article.