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Le parcours inspirant de Fanto

5 janvier, 2026

Fanto (troisième à partir de la gauche) aime partager ses connaissances avec ses collègues qui viennent des villages voisins pour voir sa rizière. (c) Yassi Diaby

Mali – Dans le village de Tangala, tout le monde profite des connaissances et de la détermination de Fanto Doumbia. Il a réussi à relancer la culture du riz et à assurer ainsi la sécurité alimentaire de sa famille et de son village. Sa persévérance a été soutenue par Join For Water et son partenaire CSPEEDA, qui lui ont apporté un accompagnement technique.

« Avant, je ne pensais pas que le riz pouvait pousser ici. Mais Fanto m’a prouvé le contraire. Il partage tout ce qu’il apprend, et grâce à lui, j’ai pu récolter pour la première fois cette année. » Moussa KONÉ, jeune producteur

Mali rijstteelt Tangala
Moussa KONÉ, riziculteur.

Ces mots d’un collègue riziculteur en disent long sur Fanto Doumbia, un riziculteur de Tangala. Sa soif d’apprendre, sa persévérance et sa solidarité apportent du changement à sa famille et à ses concitoyens. Il a déjà été mis à l’honneur dans l’article Rendre la terre à ceux qui la nourrissent | Join For Water, car Fanto a été proclamé héros agricole de son village en 2024 et sa rizière est devenue une parcelle de démonstration des bonnes pratiques. Les partenaires techniques et les formateurs suivent de près ses activités afin d’apprendre et de partager leurs expériences avec d’autres.

Nous revenons sur le parcours de Fanto et réfléchissons à l’impact qu’il a désormais, bien au-delà des limites de son village.

Des débuts difficiles

Fanto : « Quand j’ai commencé, je n’avais qu’un petit lopin de terre et beaucoup de doutes. Mais avec les formations et l’accompagnement, j’ai compris que la rigueur et la patience sont les clés de la réussite. »

Originaire du village de Tangala, commune rurale de Mountougoula, Fanto est âgé de 46 ans, marié et père de cinq enfants. Il est chef d’une famille élargie de 31 personnes. Sa passion pour la riziculture remonte à son expérience comme ouvrier agricole à l’Office du Niger entre 2000 et 2006. De retour dans son village, il s’est heurté à de nombreux obstacles avant de devenir un modèle de réussite.

Le premier obstacle était l’accès au foncier. Bien que propriétaire, Fanto a commencé sur une parcelle éloignée de 6 km à Yaya-Bougou. Malgré des rendements modestes (4 à 5 sacs de 50 kg/ha), il a réussi à produire 32 sacs, ce qui a suscité la jalousie des propriétaires qui lui ont retiré la parcelle.

Il a ensuite aménagé une parcelle familiale de 2000 m² (jadis cultivé en maïs), confronté à des défis majeurs : manque d’eau, coût élevé des intrants, état physique du terrain.

Face à ces contraintes, il a dû abandonner la riziculture pendant près de 10 ans.

Rijstveld in Tangala
Aujourd’hui, les rizières de Tangala sont très productives et constituent un exemple pour les autres villages. (c) Yassi Diaby

 

Un coup de pouce de Join For Water

En 2023, les choses ont changé. Fanto a découvert Join For Water et son partenaire CSPEEDA, et il a décidé de lutter contre l’érosion sur sa parcelle en pente. Fanto s’est mis au travail :

  • Mise en place de dispositifs de rétention d’eau : cordons pierreux, digues en terre, techniques culturales,
  • Mise en place des techniques agroécologiques,
  • Gestion rigoureuse de l’eau.

Et Fanto a mobilisé toute sa famille pour mettre tout cela en œuvre, en suivant les conseils techniques qu’il a reçus de CSPEEDA.

Une récolte exceptionnelle

« En tant que conseiller municipal, je peux dire que Fanto a changé la perception de l’agriculture ici. Il a redonné confiance aux jeunes et leur a montré que l’agriculture moderne est possible. » Bourama SANGARÉ (conseiller au chef de village de Tangala)

Et ses efforts ont porté leurs fruits :

  • Récolte exceptionnelle
    Grâce aux techniques agroécologiques et à une gestion rigoureuse de l’eau, Fanto a obtenu une récolte record de 53 sacs de riz sur une parcelle de seulement 2000 m² un rendement jamais atteint auparavant dans le village de Tangala. Ce résultat confirme la pertinence des pratiques mises en œuvre.
  • Revenus significatifs
    Une partie de la récolte a été vendue pour un montant supérieur à 500 000 FCFA, malgré une forte densité de l’offre sur le marché, le reste a été soigneusement stocké pour assurer la sécurité alimentaire de sa famille tout au long de l’année, illustrant une gestion équilibrée entre économie et subsistance.
  • Solidarité et retombées sociales
    Les résidus de riz issus du battage ont été redistribués à des personnes vulnérables du village, notamment une dame âgée qui a pu nourrir sa famille près de 3mois grâce à ces restes. Ce geste témoigne de l’esprit de partage et de solidarité communautaire qui anime Fanto et renforce les liens sociaux autour de son initiative.

Le succès de Fanto incite à l’imitation. Alors qu’il était autrefois le seul riziculteur actif, il y a aujourd’hui 8 producteurs de riz. Son exemple est un véritable stimulant pour l’autonomie des agriculteurs locaux. Et la sécurité alimentaire des familles s’améliore : l’augmentation de la production locale de riz leur permet d’être moins exposées aux fluctuations de prix ou à la pénurie sur les marchés.

Soutien technique

« Ce que j’admire chez Fanto, c’est sa discipline. Il ne rate jamais une visite technique, il prend des notes, il applique tout. C’est un exemple pour nous tous.  » Harouna Salif DIARRA (animateur CSPEEDA)

De gauche à droite : Bourama SANGARE, conseiller au chef de village de Tangala, Modibo Sacko de Mountougoula, Oumar Traore de N’gnegnelé-Baguineda lors d’une visite d’échange. (c) Yassi Diaby

Dans cette histoire, l’encadrement et le soutien technique structurel apportés par Join For Water et CSPEEDA ainsi que les services agricoles du gouvernement restent importants. Les agriculteurs sont soutenus dans les domaines suivants :

  • la transition agroécologique : utilisation d’engrais organiques, amélioration de la fertilité et de la capacité de rétention d’eau.
  • la gestion intelligente de l’eau : irrigation contrôlée grâce à des barrages.
  • l’amélioration des techniques culturales : semis en rangs, désherbage combiné, gestion rationnelle des moyens de production.

L’introduction de semences améliorées, adaptées aux conditions locales du sol et du climat, a permis une germination homogène et une croissance plus vigoureuse des plantes. Les récoltes sont plus abondantes et plus régulières, ce qui a renforcé la confiance des agriculteurs dans la culture du riz comme activité viable.

Échange de savoir-faire

L’exemple de Fanto favorise l’échange de savoir-faire entre les producteurs. Son rizière est devenue un véritable champ d’apprentissage où se déroulent des visites d’échange et des formations pratiques. Son engagement dans le partage d’expériences incite les jeunes du village à s’investir dans l’agriculture moderne.

De plus, de nouvelles opportunités économiques et activités voient le jour tout au long de la chaîne de production du riz, de la matière première à la culture, la récolte, la distribution et la vente.

Afin de pérenniser les connaissances et les compétences acquises et d’accroître leur impact, d’autres projets sont prévus

  • renforcement des mécanismes d’assistance technique,
  • extension des infrastructures de gestion de l’eau,
  • promotion des pratiques agroécologiques,
  • documentation et partage des résultats afin d’inspirer d’autres communautés.

Fanto : « Ce qui me motive, c’est de voir que d’autres paysans suivent mes pas. Je ne travaille pas seulement pour ma famille, mais pour tout le village. »

Fanto est la plus belle preuve qu’avec de la détermination et de bonnes informations, on peut changer non seulement sa propre vie, mais aussi celle de toute une communauté. Son champ est un champ de production, mais aussi un symbole d’espoir, d’innovation et de solidarité.

De gauche à droite : Sali Sacko, habitante de Tangala, Kadidiatou Coulibaly, animatrice CSPEEDA, Harouna Salif DIARRA, animateur CSPEEDA, Fanto Doumbia, riziculteur à Tangala, Aminata DOUMBIA, habitante de Tangala.

« Grâce à Fanto, mon mari s’est lancé dans la riziculture. Aujourd’hui, nous avons diversifier nos alimentations, et je peux même aider à la gestion du champ. C’est un homme humble qui pense toujours au bien commun.  » Aminata DOUMBIA (habitante de Tangala)

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